Avec ou sans accord, le Brexit va réussir mais transformer la GB en paradis fiscal. Un ex-européen convaincu explique pourquoi.

L’analyse est évidemment provocante, mais le livre de Marc Roche est aussi assez convaincant. Et d’un cynisme total. 

Marc Roche est l’ancien correspondant du Monde à Londres, chroniqueur dans différents magazines dont Le Point. Il est né à Bruxelles, empreint d‘une culture française, a vécu l’essentiel de sa vie professionnelle au Royaume-Uni. Marc Roche a été toute sa vie un europhile de cœur et de raison. Un militant de l’Union européenne. Au moment du referendum sur le Brexit, il était farouchement contre. 

Aujourd’hui, dans un livre publié chez Albin Michel, il explique qu‘il s’est sans doute trompé. Apres enquête, analyse, ce belge francophone considère que le Brexit est inéluctable et qu’il va réussir à redresser la Grande Bretagne, il ajoute que les Européens qui annoncent l’apocalypse pour les Anglais n’ont rien compris aux ressorts profonds qui ont amené les Anglais à cette décision historique. Et pour être cohérent avec ses propos, il a demandé et obtenu la nationalité britannique de façon à vivre et profiter au plus près de la « restauration de l’empire britannique".

Il y a beaucoup d‘intelligence dans son analyse. Il y a aussi beaucoup de cynisme. Enormément de cynisme. Sous cet angle, le livre est très British.   

 

L’analyse de Marc Roche s’articule autour de trois axes. 

1er axe, le vote démocratique pour le Brexit a été celui des citoyens anglais déclassés par les effets d’une mondialisation et menacés dans leur mode de vie par l’immigration des populations en provenance principalement des pays de l’est. Le Brexit a été voulu par les pauvres et par les victimes des inégalités structurelles de la société britannique qui n’ont fait que s’aggraver. C’est donc un vote populiste défendu par des leaders politiques qui ont profité de cette situation douloureuse pour abuser de promesses démagogiques. 

 

2e axe, le Brexit se fera contre toutes les prévisions des leaders pro européens parce que le Brexit a apporté au peuple britannique la conviction que la Grande Bretagne avait dans son ADN, les moyens de s’en sortir en retrouvant sa souveraineté politique et en s’affranchissant des contraintes de Bruxelles. Pour Marc Roche, le peuple pro Brexit s’est évidemment trompé sur le court terme. Le Brexit ne va pas apporter de solutions miracles et immédiates. Au contraire, la rupture va être compliquée à gérer. Les leaders partisans du hard Brexit n‘ont pas dit la vérité, parce qu’ils ne la connaissaient pas et que leur principale motivation était d’accéder au pouvoir. Or le Brexit va créer une période de désorganisation assez complexe avec des effets économiques négatifs mais sans doute pas catastrophiques. Selon Marc Roche, ça va être effectivement très anxiogène. Mais on parviendra à des accords un peu tordus et hypocrites pour faire passer la pilule du divorce et éviter le chaos. 

 

3e axe, Marc Roche prétend qu’après une période de 5 ou 10 ans où l’Angleterre va vivre dans les travaux de l’après Brexit, l’Angleterre sortira puissante et forte comme jamais elle ne l’a été. Pour trois raisons. 

D’abord, la Grande Bretagne va se recentrer sur son ADN, et ses anciens comptoirs du Commonwealth dont la plupart ont été transformés en paradis fiscaux utilises par les pays émergents de l’Asie, Inde et Chine. 

Ensuite, son patrimoine éducatif et culturel, la qualité de ses universitéslui donnent les moyens d’investir à fond dans les industries du savoir et de l’intelligence, au delà même du digital. Peu importe les industries traditionnelles. D’autant que les anglais n’ont aucun patriotisme économique.Ils se moquent complètement de l’origine et de la fabrication du produit qu’ils utilisent. Le made in GB n’a pas grand sens pour le consommateur. Ce qui compte, c’est le pouvoir financier.

Enfin, son avantage international dans le secteur de la finance ne peut donc que se renforcer. Libérée des contraintes de la règlementation de Bruxelles, l’industrie financière de Londres va se brancher sur les paradis fiscaux qu’elle manipule dans le monde entier. Et Londres peut devenir la machine à transformer l'argent des pays émergents. Ce qu’elle ne pouvait pas faire complètement dans le cadre européen. 

 

Pour Marc Roche, la Grande Bretagne n’est pas un modèle de morale ou un exemple d’éthique, la Grande Bretagne est loin d’être un paradis social où l’égalité et la prévoyance sont loin d’être les préoccupations premières. Cela dit, pour les élites internationales, pour les riches, les gens hyper formés, les citoyens du monde, le Brexit va dans ces conditions offrir un terrain de jeu inespéré et libéré des règles et des contraintes mises en place par l’Europe. 

 

L'avenir d’une Grande Bretagne qui a choisi de divorcer de l’Europe passe donc par la transformation du pays en un centre ultralibéral qui pourrait ressembler à Hong Kong ou Singapour mais aux portes de l‘Europe. Un centre offshoreà la puissance dix. 

Il est évident que les européens qui essaient de combattre la fuite fiscale, et les centres de blanchiment, qui rêvent de l’harmonisation sociale et fiscale, ne peuvent pas approuver une telle évolution. 

D’autant que ceux qui ont voté pour le Brexit n’appartiennent pas à la classe qui tient les rennes du pouvoir économique et financier. Pour Marc Roche, le Brexit va réussir mais ne profitera certainement pas à ceux qui ont voté pour. On a rarement vu un livre d’analyse aussi provocant et aussi cynique que celui-ci . 

« Le Brexit va réussir » Marc Roche, Albin Michel.