Au revoir les papys flambeurs, les quadras débarquent au pouvoir : le jeunisme en économie comme en politique 

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est journaliste, spécialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse.

Il fait bon d’avoir quarante ans en France en ce moment. Dégagisme politique ou vague de nominations de quarantenaires à la tête du CAC 40, cette génération profite à plein des nouvelles places dans l’antre du pouvoir. A tel point qu'ils arrivent à faire passer des champions français comme Marc Simoncini ou Xavier Niel pour des papis flambeurs. Mais qu’apporte cette élite rajeunie ?

 Ca virevolte à la tête du CAC 40 : Arthur Sadoun, chez Publicis, succède à Maurice Lévy, 75 ans, Alexandre Bompard, 44 ans, prend place à la tête de Carrefour, Yannick Bolloré, 37 ans, qui prend discrètement mais sûrement la suite de son père.

Dans le même temps, en politique, ça court dans les escaliers de l’Elysée ou du Palais Bourbon. Emmanuel Macron, 39 ans, représente bien sûr la figure de proue de ce phénomène, mais il n’avait sûrement pas imaginé que cela prendrait une telle ampleur. Même plus nécessaire d’avoir une Rolex à cinquante ans pour avoir réussi sa vie, il suffit d’avoir 10 ans de moins et d’être chef d’entreprise ou député de la République en Marche.

A mi-chemin entre la génération X et la génération Y, s’ils n’ont pas connu comme leurs aînés les fastes du babyboom, ils ne sont pas encore les digital natives de la génération Z. Ce sont simplement des gens pragmatiques, qui font avec ce qu’ils ont connu : des cycles conjoncturels de crises ou de reprises économiques, une mondialisation qui les a forcés à pratiquer l’anglais et à passer leur temps dans l’avion, et l’évolution de la technologie et de la communication qui a transformé les codes de l'entreprise et du leadership.

Alexandre Lavissière, professeur de management note une « cohérence générationnelle » des élites. « C'est un changement, si ce n'est de paradigme, au moins de perspective, car, depuis une dizaine d'années, on nous explique comment gérer les jeunes générations, notamment les Y, et qu'aujourd'hui, à travers Emmanuel Macron, Édouard Philippe, ce sont eux qui ont à manager les autres. » La conséquence de ce changement de génération, c’est qu’il contribue à un changement de point de vue.

"On recherche de plus en plus des compétences et pas seulement un parcours »

C’est le constat de Hervé Borensztejn, associé chez Heidrick & Struggles. Alors quelles qualités démontrent ces quadras ?

Un pragmatisme face à l’environnement économique. Aujourd’hui, les compétences requises sont l’ouverture à l’international et le goût des nouvelles technologies. Ca correspond parfaitement à cette génération qui n’a véritablement commencé à voyager et travailler qu’au moment où le monde se réunifiait et s’ouvrait aux pays émergents. L’internationalisation des échanges pour eux coule de source. Conscient du ralentissement économique,  ils ont pris également en compte les contraintes que cette nouvelle concurrence entraîne.

Une adaptabilité. Les parcours d’aujourd’hui sont plus saccadés que ceux des générations des années 50 ou 60. C’est la même chose chez les patrons où les mandats sont en deviennent plus courts. 1 grande entreprise sur 5 a changé de patron en 2015, un chiffre encore inédit selon l’étude de la compagnie Pwc. L’exemple d’Alexandre Bompard, un des patrons français les plus prisés du moment, est saisissant, en termes de durée comme de diversification des secteurs : deux ans chez Europe 1, filiale de Lagardère, sept années à la Fnac et aujourd’hui, le Macron du business, comme le surnomme Alain Minc, commence un nouveau mandat à la tête de Carrefour.

« Pour moi, la politique n’est pas une carrière », Sylvain Maillard, 43 ans, premier et nouvel élu de la République en Marche, illustre ce qui se passe aussi en politique, cette volonté que la politique doit être vue comme une occupation transitoire occupée par des individus ayant d’autres fonctions à coté.   

La jeunesse a d’autres avantages comme la dédiabolisation du risque. Plus qu’une question de génération ici, il s’agit plutôt d’une question d’âge. Dans l’univers de l’assurance ou de l’investissement, c’est bien connu : plus quelqu’un vieillit, plus il est averse au risque. Confier les rênes à des jeunes, c’est favoriser l’audace et des opérations que quelqu’un de plus ancien n’aurait peut-être pas tenté. « La France a besoin du culot des jeunes entrepreneurs" avait ainsi déclaré Emmanuel Macron à la remise du Prix national du Jeune entrepreneur.

Enfin, elle démontre une volonté de favoriser la génération des actifs: les quarantenaires auront naturellement tendance à favoriser leur génération, et il s’agit justement de celle des actifs. Et la mesure fiscale dans les cartons le prouve : la hausse de la CSG, la cotisation payée sur les salaires, pensions de retraites et revenus du capital, cherche justement à les favoriser. Au détriment de la génération des retraités, celle qui a vécu sans chômage.  Cette augmentation va toucher tout ceux qui la paient à taux plein, mais sera indolore pour les actifs puisqu’ils verront une baisse des charges sociales sur leur feuille de paie. Sont alors touchés les retraités qui ont une pension honorable. Une façon détournée de forcer la solidarité et de mettre en place la transmission intergénérationnelle que beaucoup de spécialistes réclament depuis des années.