Amazon, Google et Facebook menacés de démantèlement pour excès de pouvoir par les candidats démocrates à la Maison Blanche.

Une candidate démocrate à la Maison Blanche a décidé de faire campagne sur un projet de démantèlement des grands du digital et elle est très suivie. 

Alors que Donald Trump avait entrepris de renforcer la régulation des grands du digital, les Gafam (Google, Amazon, Facebook etc. etc.) ne peuvent plus compter sur le parti démocrate pour les défendre. 

Une des sénatrices candidates à la présidence, Elizabeth Warren, veut faire annuler par le régulateur plusieurs des acquisitions réalisées par les géants du net, mais au-delà de ça, elle a choisi de faire campagne pour obtenir le démantèlement de la plupart des Gafam pour excès de pouvoir. Et les échos qu’elle a reçus au sein du parti depuis qu‘elle a rendu public ce projet ne font que renforcer sa conviction. 

Si elle est élue présidente des Etats-Unis en 2020, Elizabeth Warren ouvrira donc ce chantier de réforme pour changer la règlementation d’un secteur où elle estime que la concurrence n’est pas suffisante. Les premières entreprises visées sont très connues : Amazon, Facebook et Google.Ces entreprises ont construit leur puissance en rachetant des possibles concurrents. C’est vrai de Google qui a racheté Waze, Nets et Double-clic, c’est vrai d’Amazon qui, en moins d’un an, a intégré les chaines de distribution Whole Foods et a racheté  Zappos.com. C’est vrai de Facebook, qui avait acquis Instagram en 2012 ou plus tard WhatsApp. Elizabeth Warren écrit : "Ils ont détruit toute forme de concurrence, utilisé nos données personnelles pour faire des profits. Ils ont truqué les règles du jeu pour ne jamais perdre, ce qui a beaucoup nui aux petits commerces et a freiné l'innovation"

 

Le parti démocrate s’appuie sur différentes études qui dénoncent les positions devenues dominantes de ces entreprises. Sur le marché mondial de la publicité notamment, Google ou Facebook ont acquis des parts hégémoniques puisqu’elles dépassent largement les 30%. Les annonceurs se sentent piégés parce qu‘ils n’ont pas d’autre choix que de passer par les Gafam. C’est si vrai que les gros annonceurs, Unilever, Procter and Gamble, L’Oréal, Danone étudient des réponses communes à ces quasi-monopoles.

Mais ce n’est pas tout, la connaissance et la gestion des données personnelles représentent sans doute une vraie menace pour la liberté individuelle du consommateur et du citoyen. Par ailleurs, il existe de vrais risques de manipulations de l’électeur par la diffusion d’informations non vérifiées ou orientées. C’est donc le fonctionnement même de la démocratie qui est en jeu le risque est d’autant plus puissant que ces Gafam ont des ramifications dans le monde entier. Leurs seuls concurrents potentiels sont chinois. Mais leur capitalisation boursière est telle qu‘elle leur donne des moyens considérables. Avec près de 1000 milliards de dollars chacun, les Google ou les Facebook peuvent se racheter tout ce qui peut conforter leur pouvoir. 

Elizabeth Warren peut parfaitement nommer des régulateurs qui disposeraient alors de pouvoir pour procéder au démantèlement. 

Ce n’est pas la première fois dans son histoire que l’Etat américain considère que la puissance des groupes économiques et financiers peut mettre en péril le système. 

La première loi antitrust de l’histoire est la loi Sherman (du nom d'un sénateur américain qui l’avait fait adoptéeen 1890). Cette loi avait pour but de limiter la puissance des grandes entreprises dont le poids était tel qu’elles pouvaientmenacerl'organisation démocratique de la société et que, en réduisant concurrence,elles pouvaient nuireaux intérêts desconsommateurs età la société.

Et ce danger d’atteinte n’était pas imaginaire : à la fin du 19esiècle, des hommes d'affaires comme John Rockefeller et Andrew Carnegie avaient réussi à développer leur entreprises en utilisant des moyens qui pouvaient s'apparenter à du gangstérisme. La première loi antitrust a donc contraint Rockefeller à scinder le Standard Oil en six sociétés, et à vendre la majorité des actions  détenues dans cinq d'entre elles.. Cette loi Sherman Anti-trust a été complétée aux USA par le Clayton Act datant de 1914, à la suite de l'affaire du Standard Oil. Il faut savoir qu’à l’époque, la Standard Oil était aussi puissante  que les géants de la Silicon Valley aujourd’hui. Partie d’une raffinerie située à Cleveland en 1863, elle avait fini par produire 87 % du pétrole raffiné du pays. En 1911, la Cour suprême décida qu’elle violait la loi antitrust adoptée par le Congrès en 1890 et qu’elle devait être démantelée. 

Dès qu‘il est arrivé au pouvoir, Donald Trump avait pris les géants du net dans son collimateur. Il les considérait déjà trop puissants. Il pensait surtout que la plupart des dirigeants ne lui étaient pas acquis, qu’ils étaient capables de manipuler l'opinion et qu’il fallait donc les affaiblir d’abord pour des raisons politiques. 

A la demande du président, et selon l’agence Bloomberg, la Maison Blanche aurait donc examiné un projet de décret donnant instruction aux agences fédérales de mener une enquête antitrust sur les pratiques des plateformes de médias sociaux, comme Google, Facebook ou Twitter, les autorités antitrust avaient donc été invitées à "enquêter de manière approfondie sur la question de savoir si une plate-forme en ligne a enfreint les lois antitrust".

L’objectif officiel était de "protéger la concurrence parmi les plateformes en ligne et trouver une solution aux problèmes de partialité".
Peu de temps après, il semble bien que la Maison Blanche ait suspendu la publication de ce projet. Une porte-parole avait d’ailleurs dédouané la présidence en indiquant au Washington Post : "bien que la Maison Blanche soit préoccupée par les pratiques des plateformes en ligne et de leur impact sur la société, le document n'est pas la conclusion d'un processus officiel d'élaboration des politiques de la Maison Blanche".

Donald Trump a donc renoncé à signer le décret autorisant les enquêtes. Il a préféré continuer de les attaquer via des tweets vengeurs qu’il a l’habitude de publier. 

L’année dernière, Donald Trump écrivait : « Les médias sociaux sont totalement discriminatoires contre les voix républicaines, conservatrices. Nous ne laisserons pas cela se produire. Ils réduisent les opinions de nombreuses personnes à droite, tout en ne faisant rien aux autres", 

Depuis cet épisode, on sait que les dirigeants de Facebook et Twitter ont dû s'expliquer longuement devant le Congrès, notamment sur ce sujet. Google a renoncé. Trump continue de balancer des tweets. 

Au sein du parti démocrate (longtemps soupçonné de complaisance à l’égard des Gafam parce qu'on les considérait comme une de leurs sources essentielles  de la richesse et du pouvoir de l'Amérique, il semble que la préparation de la campagne présidentielle ait changé la donne.En prenant comme cheval de bataille la régulation des géants du net, le prochain candidat se préparait donc à résoudre un problème qui se posera forcement en Amérique et qui se pose déjà à l’étranger quand on mesure la difficulté que les Etats Européens éprouvent pour appliquer une taxation de leur activité.